Les entreprises passent enfin au numérique pour leur formation professionnelle

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Destinée à aider les salarié·e·s à monter en compétences, la formation professionnelle ne répond pas toujours à cette attente. Après un premier virage opéré en 2015 grâce au CPF, qui offre désormais la possibilité à un salarié de se former sans demander l’aval de son entreprise, elle vient d’en réaliser un second en urgence. La mise en place du confinement et surtout du chômage partiel a permis de faire tomber quelques barrières, ouvrant davantage la voie à la formation à distance et à l’acquisition de nouvelles compétences. Trois entreprises, OpenClassrooms, Kokoroe et 360Learning détaillent à Maddyness leur bilan de cette période unique et se projettent sur 2021.

Une bonne année pour la formation

Pour faire face aux changements qui s’opèrent dans nos sociétés et à l’arrivée toujours plus rapide de nouvelles technologies et de nouveaux usages, la formation professionnelle est devenue plus essentielle que jamais. Mais faute de temps et en raison d’une vision à long terme du sujet – les entreprises prévoient souvent des plans de formation sur 18 mois – la formation professionnelle peine parfois à prendre toute sa place dans l’entreprise. Selon une étude Lingueo-Unow publiée début décembre, seuls 24% des actifs français ont réalisé ou commencé une formation depuis le 1er janvier 2019.

La mise en place du chômage partiel et du travail à distance a profondément chamboulé le secteur, mettant en avant « l’obsolescence de la formation traditionnelle » , souligne Liam Boogar-Azoulay, director of brand marketing chez 360Learning. Les acteurs de la formation qui proposaient déjà des modules à distance en ont clairement profité.

« En cinq mois, nous avons fait notre chiffre d’affaires de l’année 2019 et sur 2020 nous constatons une croissance de 100% » , s’enthousiasme Élise Covilette, co-fondatrice de Kokoroe, sans donner pour autant de chiffres. La situation serait aussi excellente du côté d’OpenClassrooms qui a dépassé ses objectifs initiaux, attestant d’une augmentation de 150% des demandes contre 100% prévue au départ. Pour faire face à cette augmentation imprévue, l’entreprise a dû recruter 150 personnes en un an contre 70 chez 360Learning.

Après l’urgence, la prise de conscience

Chez Kokoroe, les fondatrices ont observé deux phases. « Durant le premier confinement, nous avons fait face à un besoin immédiat, précis et ciblé des entreprises qui ont voulu former leurs salarié·e·s sur des thématiques liées au travail à distance, observe Élise Covilette. Dans un second temps, ils ont voulu passer en distanciel des pans entiers de leur offre » . Les entreprises du CAC40 ne sont pas les seules à avoir opéré cette prise de conscience : « les ETI cherchent à améliorer l’animation de leur marketing digital et de leurs réseaux sociaux. »

Au sein d’OpenClassrooms, tous les secteurs, B2B comme B2C ont été touchés de manière positive. « Les entreprises à l’arrêt en ont profité pour trouver une occupation à leurs salarié·e·s en les formant » , explique Pierre Dubuc, co-fondateur de l’entreprise. Souvent reléguée à plus tard faute de temps, les dirigeants ont tiré parti de cette pause impromptue pour pallier des manquements de compétences ou les renforcer afin de rebondir plus vite après le déconfinement. Les formations recherchées ont surtout tourné autour « de la transformation numérique avec du hard et du software mais aussi de programmes liées à l’amélioration de l’employabilité des collaborateurs avec les soft skills. »

Liam Boogar-Azoulay constate, de son coté, « une énorme accélération dans l’adoption du collaborative learning » qui consiste à se former entre pairs par partage de compétences. Cette année a également mis en exergue les points de tension des dirigeants sur la formation et permis de « remettre les compteurs à zéro dans ce secteur ». 

Les tendances de 2021

Aujourd’hui encore, de nombreuses entreprises préparent des plans de formation statiques sur 18 à 36 mois. « Ce phénomène cause beaucoup de frustration au sein des équipes de formation qui sont contraintes de suivre un plan créé il y des années et qui, selon les employés, ne représentent pas leurs problèmes actuels » , analyse Liam Boogar-Azoulay. C’est la raison pour laquelle il croit au « collaborative learning qui permet d’identifier en continu les besoins de formation des employés et d’y répondre rapidement » en se référant à un collègue expert. Si la pratique est plus développée aux États-Unis, elle est encore loin d’être adoptée en France.

OpenClassrooms et Kokoroe sont moins innovants dans leur prédiction. Pour Pierre Dubuc, le changement proviendra des reconversions issues de la crise économique. Plutôt que de proposer un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), « les entreprises opteront pour une mobilité interne avec une reconversion vers un pôle en pleine croissance » . La reconversion pourrait aussi toucher des personnes ayant perdu leur emploi comme en témoigne l’enquête Lingueo et Unow qui révèle que 33% des interrogé·e·s pensent à se reconvertir et 9% à créer leur entreprise.

Pour Élise Covilette, c’est le « développement personnel et le bien-être des salariés qui seront à l’honneur l’année prochaine ». Des estimations confortées par l’étude selon laquelle 45% des interrogé·e·s estiment les soft skills essentiels pour eux aujourd’hui.

En revanche, l’intégration de l’intelligence artificielle ou de la réalité virtuelle dans les processus de formation n’est absolument pas citée par les spécialistes. « 95% des entreprises qui parlent d’intelligence artificielle proposent en fait un seul algorithme » , juge Pierre Dubuc. S’il reconnaît les avantages qu’elle pourrait apporter, le marché est encore en retard sur ce sujet. Idem pour la réalité virtuelle dont la démocratisation est loin d’être actée.

Source: Maddyness.com

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