Start-up en Afrique : qui sont les « gagnants » de la crise ?

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En cette fin d’année 2020 si particulière, l’heure est au bilan pour les start-up africaines. Comme un peu partout dans le monde, la crise liée à la pandémie de Covid-19 a fait des dégâts. D’après une étude réalisée par la plateforme Startuplist Africa, « l’effet négatif de la pandémie a conduit les entreprises à s’endetter plus qu’il n’en a jamais été ces cinq dernières années ». Les auteurs de l’étude constatent en effet « une augmentation de 10 % du financement par emprunt, en glissement annuel ». Avec des investissements jamais vus depuis cinq ans, les premiers mois de l’année 2020 laissaient pourtant présager d’une année exceptionnelle : au premier trimestre, les investissements avaient bondi de 67 % par rapport à la même période en 2019. Mais l’expansion de l’épidémie et l’instauration des premières règles de confinement quelques semaines plus tard ont douché tous les espoirs. Au second trimestre, les financements aux start-up ont été en baisse de 41 % par rapport à l’année précédente.

Fonds levés par secteur. © DR

La santé et les énergies renouvelables : « des besoins réels »

Dans ce contexte peu propice à la croissance, deux secteurs d’activité, en revanche, ont tiré leur épingle du jeu. Les grands gagnants ? Les sociétés dédiées à la santé et aux énergies renouvelables qui, d’après l’étude, ont suscité un vif intérêt chez les investisseurs cette année. Et qui par la même occasion ont damé le pion à la fintech et à la logistique, championnes traditionnelles des classements de ces dernières années. « Les investisseurs se sont concentrés sur les besoins réels des Africains, observe Emmanuel Ibe, à la tête de Startuplist Africa. Il y a une forte demande aujourd’hui de la part de la population sur ces questions. L’écosystème des start-up leur apporte des réponses. » Sur une période allant du premier au troisième trimestre, 102 millions de dollars ont été investis dans les start-up de la santé, contre 19 millions l’année précédente. Les énergies renouvelables, elles, ont absorbé près de 156 millions de dollars, soit un peu plus de 100 millions de plus qu’il y a un an.

Investissements en santé et ER. © DR

Sans surprise, Greenlight Planet, une société kényane qui fournit des produits d’énergie photovoltaïque domestique, a donc pris la tête du classement des transactions établi par l’étude pour l’année 2020. Elle est suivie à la seconde place par la start-up sud-africaine de produits financiers Jumo, et en troisième position par Vezeeta, une startup égyptienne qui propose des services liés à la santé dans six pays, dont le Kenya et le Nigeria. « Dans un premier temps, la pandémie a freiné nos transactions. Mais la demande a ensuite supplanté toutes nos attentes, affirme Nana Frimpong, responsable de l’Afrique pour la société qui a levé cette année 40 millions de dollars. Nous avons dû nous adapter en proposant davantage de services à nos utilisateurs. Par exemple, une plateforme d’informations actualisée sur l’évolution de la pandémie, un chatbot sur WhatsApp qui leur permet de poser toutes les questions qu’ils souhaitent, ou encore la livraison de médicaments en Égypte ».

Top 10 des transactions. © DR

Pour Haweya Mohamed, co-fondatrice et dirigeante du hub dédié à la tech africaine Afrobytes, la réussite des start-up comme Vezeeta est « bien la preuve que la transformation digitale n’est plus une option ». « La crise a d’ailleurs changé le regard des gouvernements africains sur les start-up. Ils les jaugeaient auparavant avec une certaine défiance, souligne-t-elle. Certains se rendent compte que ces sociétés, notamment celles qui agissent dans les secteurs de la santé et des énergies vertes, répondent aux besoins spécifiques des populations, et s’accordent par là même aux objectifs du millénaire fixés par l’ONU. Les autorités ne peuvent plus l’ignorer ».

Kenya, Nigeria, Afrique du Sud et Égypte, « les BIG 4 » du numérique

Une réalité qui s’applique désormais dans de nombreux pays du continent, et plus particulièrement au Kenya et au Nigeria. Nairobi et Lagos sont en effet les destinations les plus prisées en matière d’investissement en Afrique. À elles deux, elles représentent plus de la moitié de toutes les transactions d’investissement conclues sur le continent, d’après le classement annuel de Startup Blink. Dans un autre rapport, celui-ci dédié aux innovations en réponse au coronavirus et publié en partenariat avec UNAIDS, l’institut de recherche salue la réactivité du Kenya, du Nigeria et de l’Afrique du Sud, les trois pays africains du classement qui ont « su démontrer un réel potentiel face à la crise ».

Investissements et transactions par pays. © DR

À Nairobi, un coup de pouce du Fonds national de recherche du Kenya (NRF), qui a lancé une campagne de financement pour soutenir les interventions de lutte contre la maladie dans le pays, a permis à de nombreuses start-up de se développer. Baobab Circle, conçue à l’origine pour offrir une gestion médicale personnalisée du diabète, a par exemple ajouté à son offre de services la possibilité pour ses utilisateurs de téléconsulter en direct, via leur application, des médecins locaux. Afya Rekod, une plateforme médicale développée avec la technologie de la Blockchain, a imaginé un test digital au Covid-19, qui permet de suivre ses symptômes et également d’entrer en contact avec des médecins en cas de questions.

Au Nigeria, la start-up Arone, basée à Enugu, propose quant à elle la livraison rapide de matériel médical vers et depuis les cliniques, les hôpitaux, les laboratoires et les établissements de santé, grâce à l’utilisation de drones. En Afrique du Sud, autre pays africain du classement, la société Ecorbit a conçu un programme clé-en-main aux entreprises pour les aider à mettre en œuvre les mesures de sécurité sanitaires nécessaires sur les lieux de travail.

Top par villes. © DR

Si pour Emmanuel Ibe, tous les pays d’Afrique s’inscrivent dans la dynamique, le Kenya, le Nigeria, l’Afrique du Sud et l’Égypte conservent encore le monopole. Et en partie « grâce à leurs hubs qui attirent les talents de tout le continent », explique-t-il. « Les banques et le gouvernement en Égypte jouent le jeu, et encouragent les jeunes pousses à travers des campagnes de financement, des appels d’offres ou des événements dédiés, confirme Nana Frimpong. Cette politique attire les investisseurs et permet l’installation de nombreux incubateurs dans le pays. Et de dynamiser par là même toute une sous-région », assure-t-il, confiant que Vezeeta envisage d’installer des antennes dans d’autres pays d’Afrique du Nord l’année prochaine.

« On a tendance à opposer l’Afrique anglophone à l’Afrique francophone sur ce sujet. Mais il ne faut pas oublier que beaucoup d’entrepreneurs kényans par exemple font leurs études à l’étranger, comme 65 % des CEO de start-up en Afrique. Et quand ils rentrent au pays, ils peuvent compter sur un réseau international. Une opportunité que n’ont pas forcément les entrepreneurs d’Afrique francophone, déplore Haweya Mohamed. Ces derniers doivent faire avec ce que leur propose leur pays. Grandir en visibilité, attirer des fonds et des partenaires commerciaux solides est moins évident quand on n’a jamais quitté le pays. »

Investissements 2019 et 2020. © DR

Pour autant, des pistes de solutions existent pour dynamiser le secteur. « Digitaliser les PME, miser sur le branding [action marketing ou publicitaire qui cherche à positionner favorablement une marque dans l’esprit du consommateur, NDLR] dans le secteur très touché du tourisme ou encore créer des services digitaux pour la diaspora » en font partie, selon l’entrepreneuse. Un optimisme que partage Emmanuel Ibe, pour qui le potentiel en Afrique reste conséquent, au regard des nombreuses réponses qu’il reste encore à apporter au niveau local. « Les données du troisième trimestre nous ont montré que l’appétit des investisseurs est toujours fort, quand des entreprises innovantes résolvent des problèmes importants en Afrique ». Un vent d’espoir pour l’année à venir.

Source: lepoint.fr

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