Le Nigéria, grande puissance culturelle

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Dans la revue New African, Onyekachi Wembu, un journaliste nigérian établi à Londres, pose la question : Qu’est-ce qui a fait du Nigéria une telle puissance culturelle ? Lorsqu’on pense à la culture nigériane, ce sont bien sûr ses écrivains qui viennent à l’esprit en premier lieu. Mais c’est également à travers son cinéma, ses peintres et ses musiciens que le géant de l’Afrique de l’Ouest projette sa créativité sur le continent, et au-delà, dans tout le monde anglo-saxon.

Chinua Achebe, le père de la littérature africaine moderne de langue anglaise

Chinua Achebe, disparu en 2013, a été considéré comme le père de la littérature africaine anglophone moderne. Son grand roman, Tout s’effondre, publié en 1958, a été traduit en quarante-cinq langues, dont le français. Et il s’est vendu à 3 millions d’exemplaires. Il décrit le choc provoqué sur un clan igbo, à la fin du XIXe siècle, par l’arrivée de Britanniques qui veulent y remplacer la religion traditionnelle par le christianisme. Le héros du roman rentrant d’exil où il avait été relégué pour avoir offensé les dieux, découvre l’acculturation déclenchée par l’irruption des Blancs. Echouant à provoquer un soulèvement populaire, il préfère se pendre plutôt que de se laisser juger par un tribunal colonial.

Pour ma part, je serais plus que satisfait si mes romans pouvaient déjà montrer à mes lecteurs que leur passé — avec toutes ses imperfections — n’était pas une longue nuit de sauvagerie dont ils ont été délivrés par les premiers Européens agissant au nom de Dieu. Chinua Achebe

Mais comme l’écrit Onyekachi Wambu, l’œuvre d’Achebe est tournée vers la subjectivité d’un héros, ses déchirements intérieurs. Dans le cas de, Okonkwo, le héros de Tout s’effondre, il s’agit d’abord de la nécessité de rétablir l’honneur de sa lignée, souillée par son père. Ensuite des tendres sentiments que lui inspire son fils adoptif, qu’un oracle désigne justement comme victime d’un sacrifice humain, auquel il devra consentir.

Wole Soyinka, humaniste et homme d’action

Celle de Wole Soyinka est au contraire tournée vers l’action, ouverte au monde entier qu’il a parcouru dans tous les sens, de la Jamaïque à l’Egypte, en passant par les Etats-Unis où il a enseigné et même de Paris, où il résidait lorsque l’a couronné, en 1986, un Prix Nobel de littérature auquel il refusait de croire.

Car Soyinka est un homme d’action, voire un aventurier. Un humaniste qui a pris des risques personnels considérables dans sa lutte pour la justice. Emprisonné pendant plus deux ans à Kaduna, puis condamné à mort par la dictature militaire de son pays, il a pris part à de nombreux combats politiques, lançant même son propre parti politique, en 2010, le Democratic Front for a People’s Federation. Romancier ironique, poète foisonnant, essayiste, Soyinka est un outre un homme de théâtre, mêlant les réalités des villages qu’il connaît bien aux mythes culturels de l’Europe.

Ben Okri et Bernardine Evaristo, Booker Prizes

Ben Okri a été le premier écrivain noir à recevoir le Booker Prize, en 1991, pour La route de la faim, le premier volume d’une trilogie envoûtante, dans laquelle le monde des esprits et celui des habitants, bien plus terre-à-terre, d’un ghetto s’entremêlent.

Bernardine Evaristo, elle aussi nigériane, a été la première femme noire à être couronnée du Booker, pour son roman, paru l’an dernier Girl, Woman, Other, chronique très originale de la vie des familles noires, de nos jours, à Londres, sous forme de poème en prose, entremêlant des voix et des destins de femmes.

Nollywood, capitale du cinéma d’Afrique de l’Ouest

Mais le Nigéria est également devenu, en quelques années, l’un des centres du cinéma mondial, au point que l’on parle dorénavant à Lagos d’un Nollywood, un Hollywood du Nigéria. Caractéristique : si les écrivains nigérians écrivent généralement en anglais, la moitié des films tournés au Nigéria sont tournés en yorouba, ce qui permet aux spectateurs béninois et togolais, en particulier, de les comprendre puisque c’est leur langue nationale.

450 langues et dialectes différents sont parlés dans cet immense pays de 214 millions d’habitants. Les évangélistes qui sont influents dans le Sud du pays, contribuent financièrement au tournage de ces films, le plus souvent tournés en vidéo.

Enfin, le pays connaît une explosion de créativité du côté des arts plastiques. L’an dernier, à Londres, un portrait peint par Ben Ewonwu, décédé en 1994, « Christine », dite « la Mona Lisa africaine », a été vendu 1,3 millions d’euros lors d’une vente aux enchères.

Boko Haram, l’ennemi mortel de l’éducation et de la culture

Le Nigéria est aussi l’un des pays du monde les plus menacés par l’islamisme djihadiste. Le groupe salafiste Boko Haram, qui sévit dans le Nord-Est du pays, est responsable de la mort de plus de 36 000 personnes. La semaine dernière encore, des djihadistes arrivés en motos, ont égorgé 76 paysans dans une rizière proche du village de Zabarmari dans l’Etat de Borno. Ils n’avaient pourtant pas dessiné de caricatures du Prophète….

Boko désigne la transcription en lettres latines de la langue orale haoussa et désigne, par extension, l’enseignement d’autre chose que le Coran et haram signifie ce que l’islam interdit. La secte obscurantiste prêche que la terre est plate et que l’eau de pluie ne saurait provenir de l’évaporation, puisqu’elle est envoyée depuis les cieux par Dieu…

Comme le font partout les islamistes radicaux, elle persécute tout spécialement les hommes et les femmes de culture. Ils lui font honte de son obscurantisme.

L’obscurantisme ne passera pas. Le pays de Fela Kuti ne laissera pas décapiter sa culture.

Source; Franceculture.fr

 

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