Agribusiness : l’impératif du « made in Africa »

Partager Sur

Par  Rabah Arezki

Économiste en chef et vice-président chargé de la gouvernance économique et de la gestion des connaissances de la BAD

Le continent s’est engagé dans une ambitieuse zone de libre-échange (Zlecaf) pour stimuler le commerce. Cet accord devrait tirer parti de la demande croissante des consommateurs du continent pour stimuler les investissements en Afrique afin de répondre à cette demande.

Approfondir l’accord conclu en se concentrant sur la transformation des produits agricoles est la meilleure façon de commencer. L’agrobusiness est en effet crucial pour le continent – plus que pour tout autre – en ce qu’il participe à la sécurité alimentaire et à la création d’emplois.

C’est aussi un levier capital pour accélérer la transformation de l’Afrique. Par transformation, on entend ici le traitement physique des matières premières (dont le continent dispose en abondance) qui ajoute de la valeur. Et on évoque souvent la nécessité de remonter la chaîne de valeur pour atténuer les aléas provoqués par la fluctuation des prix des matières premières.

Absence de transformation généralisée

Or, qu’il s’agisse de cacao, pétrole, métaux ou bois, l’absence de transformation est aujourd’hui généralisée et elle a nui à la capacité du continent à créer de bons emplois. Dans le secteur primaire, ces derniers sont trop peu nombreux et beaucoup sont mal payés.

« Le continent continue d’importer des milliards de dollars d’aliments transformés et de produits raffinés »

Résultat, malgré de forts taux de croissance au cours des dernières décennies, l’Afrique abrite aujourd’hui 60 % des pauvres du monde. En 1990, ce chiffre était de 15 % seulement. A titre de comparaison, cet indicateur pour l’Asie de l’Est est passé de plus de 50 % des pauvres du monde en 1990 à seulement 5 % aujourd’hui.

En outre, malgré l’abondance des ressources, le continent continue à importer chaque année des milliards de dollars d’aliments transformés et de produits raffinés. Les producteurs de produits de base ont essayé plusieurs approches pour y remédier et maximiser les recettes liées à l’exploitation de leurs ressources naturelles.

On pense en particulier au cartel, dont l’exemple le plus évident est l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Certes, la constitution d’un cartel permet d’obtenir des prix plus élevés pour le produit primaire et donc d’accroître les revenus atterrissant dans les coffres des gouvernements.

Cartels vs fournisseurs alternatifs

Mais, dans la pratique, les acheteurs, c’est-à-dire les économies avancées, finissent toujours par trouver des fournisseurs alternatifs (par exemple des producteurs non-membres de l’OPEP) ou par développer des produits alternatifs (tels que le biocarburant synthétique ou l’huile de schiste).

De plus, le cartel ne résout pas le problème de l’exposition d’un producteur aux flambées des prix des matières premières ni celui de la nécessité de créer un grand nombre de bons emplois.

Après les indépendances, de nombreux pays en développement ont tenté de sortir de cette impasse en adoptant des politiques de substitution des importations. Mais ces dernières ont largement échoué, en partie à cause du manque d’avantages comparatifs et de l’inefficacité des entreprises publiques.

Depuis, le paradigme est passé de la substitution des importations à la promotion des exportations. Là encore, cette stratégie a rencontré peu de succès malgré les efforts des gouvernements, notamment via la création de zones spéciales prévoyant des avantages fiscaux, entre autres, pour les entreprises exportatrices.

Favoriser le secteur privé et la concurrence

Une politique centrée sur la transformation, en permettant qu’une plus grande part de la valeur ultime des matières premières reste sur le continent, apparaît donc comme la meilleure approche. Elle consiste à favoriser le secteur privé afin qu’il crée de bons emplois avec des salaires décents tout établissant une réglementation pour lutter contre les pratiques anticoncurrentielles.

Le « made in Africa » est la réponse à l’urgence de la création d’emplois

Une concurrence loyale au sein du secteur privé permet de stimuler l’innovation et l’investissement d’une manière efficace, le secteur public restant à la manœuvre dans les domaines stratégiques, de monopoles naturels ou encore en présence d’externalités.

Les politiques proactives visant à favoriser le contenu local, comme celle du Gabon dans la transformation du bois, du Botswana dans la taille du diamant et du Nigéria dans l’extraction du pétrole, montrent qu’il est possible de progresser dans cette voie. Le « made in Africa » est la réponse à l’urgence de la création d’emplois.

Source: jeuneafrique.com

ARTICLES CONNEXES
Cameroun – Economie. Fermeture de plus de 2 300 entreprises au Cameroun entre 2009 et 2016

Sur 6 458 entreprises ciblées, 2 316 ont fait faillite au Cameroun entre 2009 et 2016. Selon l’étude que vient Read more

CAMEROUN – BUSINESS : Carrefour annonce la 2e phase de son déploiement avec 3 nouvelles enseignes à Yaoundé et Douala en 2023

A l’occasion de l’inauguration du premier hypermarché Carrefour au quartier Warda à Yaoundé, Jean Christophe Brindeau, le directeur général de Read more

ECONOMIE : La Centrafrique lance sa cryptomonnaie « Sango » et le premier crypto-hub africain à « fiscalité nulle »

Malgré les appréhensions exprimées par le FMI, la Banque mondiale et la BEAC, Bangui poursuit son projet de monnaie virtuelle Read more

CAMEROUN : 33 milliards FCFA de la SFI pour l’accès au gaz domestique

La Société financière internationale (SFI), branche du groupe de la Banque mondiale dédiée au secteur privé, va octroyer 50 millions Read more

SCIENCES : la médaille Fields remise à quatre mathématiciens, dont un Français

La médaille Fields a été attribuée mardi à quatre mathématiciens, dont un Français et une Ukrainienne, la deuxième femme de Read more

CAMEROUN – TRANSPORT: Un an après la reprise de ses activités, le Train Express affiche un chiffre d’affaires de 60 millions de Fcfa

Le 1er juillet 2022 marque la première année de mise en service du Train Express de la Camrail (Cameroon Railway), Read more

CAMEROUN – Bananes : à fin mai 2022, la CDC n’a exporté que 8 443 tonnes, soit presque 3 fois moins qu’à la même période en 2018

Entre janvier et mai 2022, la Cameroon Development Corporation (CDC), 2e employeur du pays après l’administration centrale, a exporté 8 443 tonnes de Read more

Liban: le calvaire des employées de maison africaines

Grand reportage nous emmène au Liban, à la rencontre des kafalas, ces femmes venues d’Asie et d’Afrique, employées de maison. Read more

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *