Eco Numérique -CRYPTOMONNAIES : La débâcle du bitcoin va-t-elle compromettre les projets de la Centrafrique et du Salvador?

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Le bitcoin a perdu 70% de sa valeur depuis le mois d’octobre. Au Salvador, cela signifie que les réserves en monnaies cryptées acquises à l’automne ont fondu de plus de la moitié. Leur valeur est aujourd’hui inférieure au prix payé pour les acquérir. Un non-événement pour le ministre des Finances : ces réserves, dit-il, ne représentent que 0,5% du budget national, il n’y a donc pas péril en la demeure. Cet effondrement du bitcoin appauvrit pourtant les six millions de Salvadoriens qui ont suivi le conseil de leur président et ont acheté de la monnaie cryptée.

En reculant encore plus vite que la Bourse, la célèbre cryptomonnaie a démontré qu’elle sert surtout à spéculer

Avec une telle volatilité, le bitcoin ne peut pas être pris au sérieux comme un instrument de réserves de valeur, c’est-à-dire un moyen d’épargner. Et encore moins un moyen de paiement avec un possible écart de valeur entre le moment de la transaction et sa réalisation concrète. Le bitcoin n’assure donc qu’une seule des trois fonctions dévolues à une monnaie. Ces faits étaient déjà établis avant cette descente aux enfers. Et cela n’a pas empêché ces deux pays d’adopter le bitcoin. Parce qu’il apparaît comme une réponse providentielle, magique, à leur désarroi financier.

Pour le moment, le Salvador est au bord du défaut de paiement

L’économie du Salvador est entièrement dollarisée depuis une vingtaine d’années. Avec son projet de « bitcoin city », de zone franche du bitcoin, le Salvador rêve de changer la donne économique, de sortir de cette dépendance au billet vert. Le bitcoin devrait assurer la promotion du pays, redorer son blason terni par la délinquance et attirer ainsi investisseurs et touristes.

En mars, une entreprise publique a émis une dette en bitcoin équivalent à un milliard de dollars. C’est aussi l’équivalent du montant que le FMI refuse de lui prêter faute de programme de lutte contre la corruption et la mauvaise gouvernance. Les transferts d’argent de la diaspora alimentent le quart du PIB, et l’expédier en bitcoin coûte apparemment moins cher que de passer par les organes officiels prélevant des commissions exorbitantes. Cela n’a pas encore convaincu les émigrés. Seulement 1,6% des transferts ont été effectués via le coffre digital au premier trimestre de cette année.

La Centrafrique, elle aussi, cherche à reprendre en main son destin monétaire avec le bitcoin

D’après l’économiste Olivier Vallée, c’est le modèle du petro vénézuélien qui l’inspire. Le petro a permis au président Maduro de retrouver une marge de liberté par rapport aux menaces du trésor américain. La philosophie du bitcoin repose sur la décentralisation et sur sa capacité à s’affranchir d’un tiers, en l’occurrence une banque centrale. Dans le cas de la Centrafrique, il s’agit au contraire de construire une monnaie virtuelle centralisée dont le cours est fixé par rapport au franc CFA.

Mais Bangui s’expose aujourd’hui aux sanctions de l’autorité à laquelle elle voudrait échapper : la BEAC. La Banque des États d’Afrique centrale a banni les transactions en monnaie cryptée dans la zone Cemac et peut punir les récalcitrants. Le président Touadera caresse aussi le rêve de faire de son pays un hub régional du bitcoin. Le Sango, le nom du projet d’une « crypto island », serait la capitale africaine du bitcoin. Faute de ressources électriques suffisantes, le « minage » devrait se faire à Dubaï. Dans ce pays où l’accès à l’électricité et à internet est réduit au minimum, la faisabilité technique parait bien incertaine. La chute actuelle du bitcoin rend ce projet d’indépendance monétaire encore plus improbable.

► EN BREF

En Australie, le géant pétrolier BP investit dans la plus grande centrale d’énergies renouvelables au monde

Coût du projet : 36 milliards de dollars. Le site de Pilbara, sur la côte ouest de l’Australie, doit générer 26 giga d’énergies solaire et éolienne, soit l’équivalent environ de la moitié des capacités du parc nucléaire français.

 

Source :  RFI

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