ATDA 2020 : l’investissement pour soutenir l’innovation africaine

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En Afrique, la pandémie de la Covid-19 a été un véritable accélérateur de l’innovation dès le début. La créativité et les initiatives lui ont permis pour s’adapter et de surmonter la crise sanitaire. « Priorité aux innovations en Afrique. Pourquoi et comment investir dans l’innovation africaine ? » a été le thème du premier panel de la 9ème édition des Assises de la Transformation Digitale en Afrique (ATDA). Un événement de CIO Mag qui s’est déroulé online via la plateforme Now Translate du partenaire technique Thomson Broadcast.

Michaël Tchokpodo

(CIO Mag) – Afrique et innovation : ces mots vont désormais de pair. Mais il n’existe pas d’innovation définitive. En plus d’être résiliente, l’Afrique doit se réinventer à chaque fois pour répondre aux exigences de son temps. C’est ainsi qu’elle présentera les arguments nécessaires pour un investissement porteur et durable.

« La crise de la Covid-19 a démontré que l’innovation aussi bien technique que dans les usages est un atout pour venir à bout de la pandémie. C’est aussi une priorité pour promouvoir une Afrique résiliente et forte. Cependant, beaucoup de génies africains restent méconnus faute de caisse de résonnance et de marché souvent parce qu’on oublie que l’innovation s’adapte à une culture, un marché et à des cadres règlementaires. On pense pour l’Afrique des solutions d’importations qui ne résolvent pas les problèmes locaux et sont inadaptées », a ainsi planté le décor des échanges du premier panel de ces ATDA, Ana Semedo, Conseillère spéciale en affaires chez Dynameans/G9+ et modératrice du panel.

Sur la question de l’innovation, les avis sont partagés selon les expériences de terrain et les réalités individuelles. Edem Adjamago est ingénieur en business intelligence et fondateur de Semoa group, une start-up qui conçoit et développe des systèmes de paiement innovant et pertinents adaptés au contexte socio-économique africain. « Le made in Africa est fondamental dans le succès de nos projets en Afrique. » Cette conviction a forgé son ambition de concevoir et de fabriquer au Togo, des bornes de dépôt d’espèces à l’image des guichets bancaires. Semoa Kiosk n’ayant pas tenu le pari, Edem Adjamago s’est tourné vers l’inclusion financière via WhatsApp Banking. « Je reste convaincu qu’en Afrique, il est impossible de décorréler le succès de son entreprise de l’impact social et sociétal que cela peut avoir », estime-t-il.

En Tunisie, Bassem Loukil tient les rênes de Loukil Group, TABC. Son entreprise a eu recours à l’innovation pour ne pas fléchir face à la concurrence, la pression des prix des produits sur le marché et la rude compétitivité avec les entreprises asiatiques. Loukil Group, TABC a donc préféré confier les pans relatifs à la logistique, les réseaux de distribution et même les produits à des startups tunisiennes. Résultat ? « Aujourd’hui, grâce à la technologie 3D, nous avons des équipes qui sont dans nos centres de recherche et qui sont capables de produire des prototypes. L’innovation a accéléré les efforts de développement de nos produits mais raccourci les délais et les coûts de ces développements. Ce qui nous permet de faire face à des géants mondiaux », témoigne fièrement Bassem Loukil.

Comment développer l’investissement dans l’innovation africaine ?

En 2019, 234 startups ont réalisé des levées de fonds d’une valeur de 2 milliards de dollars. Une évolution annuelle de 75% des levées de fonds que le continent a connu sur les 3 dernières années. Preuve qu’il n’est pas impossible d’obtenir du financement pour sa start-up en Afrique. Cependant, Edem Adjamago regrette la préférence qu’ont certains richissimes hommes d’affaires à la valorisation de leurs terres qu’à l’investissement dans les start-ups. « L’accès au financement adéquat est un élément assez important. [Nous devons aller] vers le financement intra-africain, renforcer les capacités des porteurs de projets africains, structurer des clubs d’investisseurs et mettre en place les dispositions financières incitatives par les Etats », propose le CEO de Semoa group.

Au regard de ses précédentes expériences dans les grands groupes d’innovation, Samba Sene, fondateur et directeur de Wiss Africa met un peu d’honneur au transfert de savoir-faire et de compétences au profit des start-ups. « Il faut que les structures du type espace d’innovation, incubateurs, makerspace, fablabs foisonnent partout. C’est comme ça qu’on pourra capter l’innovation qui dort en chacun de nous, créer de la valeur et faire avancer l’Afrique », va-t-il renchérir.

Towela Nyirenda Jere, directrice de programme en charge du Programme d’intégration régionale, d’infrastructure et de commerce à l’Agence de Développement de l’Union Africaine (AUDA-NEPAD) s’inscrit dans la logique de l’adaptation de l’innovation au contexte. En témoigne la période de la Covid-19. Selon elle, l’investissement doit tenir compte des besoins régionaux et des objectifs en termes d’infrastructures pour accélérer les transformations.

« Ce qui manque, c’est le cadre légal, la protection des investissements étrangers, le droit d’auteur et la stabilité de la monnaie. Il faut qu’on arrive à bien présenter les start-ups africaines, à développer les écosystèmes, et que ces écosystèmes pays aient une politique de marketing, de commercialisation et de présentation des idées et des milieux d’innovation de manière innovante, qu’ils pensent à protéger les innovateurs et les investisseurs », suggère Bassem Loukil.

Les secteurs d’investissement

Se référant aux Objectifs de développement durable (ODD) qui constituent un indicateur universel, l’eau, l’innovation et les énergies renouvelables sont entre autres priorités à l’échelle mondiale. Momar Diop, CEO d’ADN, une entreprise de services numériques mise sur les infrastructures numériques, la connectivité, le transport, et par-dessus tout l’agriculture. Des propositions que soutiennent Edem Adjamago. Pour sa part, la connectivité dans les zones rurales doit devenir une réalité pour briser la fracture numérique. Et l’agriculture doit être au cœur de toutes actions de développement, car les populations doivent se nourrir à leur faim pour mieux se focaliser sur les innovations.

« Il faut investir dans les énergies renouvelables ; c’est de l’infrastructure essentielle pour le développement de l’Afrique. Il faut développer le commerce électronique ; cela connecte tout le continent. Il faut investir et s’occuper de la logistique et des infrastructures routières », préconise Bassem Loukil. Pour finir, Ana Semedo dira que « l’Afrique a de nombreux atouts pour des innovations réussies et que l’argent peut y être aussi accessible ou disponible. Le cadre légal est en cours de définition, l’écosystème aussi. Il y a beaucoup de choses prometteuses. »

Source: CIO MAG

 

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